LA VIE SUSPENDUE AU RÊVES D'ANTOINE ET VERONIQUE
   
Un homme tangue sur une grande bascule en demi-lune. Et il jongle en même temps, gardant la ronde de ses balles dociles dans le fragile équilibre de ce va-et-vient. On dirait un surfeur sur une puissante vague qui le cerne de son rouleau : autour de lui jaillit l'écume blanche des balles, tandis qu'un violon fait entendre comme les plaintes douces de lointaines créatures marines. Le spectacle Des corps décors, de la compagnie L'Epate en l'air, est tissé de ces instants-là : tableaux suspendus qui mêlent numéros de cirque traditionnel et danse dans un univers poétique et coloré, où musiciens, clown et acrobates s'entremêlent, tressant audacieusement le burlesque avec la grâce. En attendant de présenter le spectacle à Aulnay, toute la troupe en répète les principaux enchaînements, sur la scène du théâtre de Corbeil-Essonnes. Un voile de tulle noir tombe des hauteurs, les instruments à corde s'accordent discrètement dans un coin, tandis qu'on roule deux beaux bidons bleus vers les coulisses. « La plupart de ces numéros, expliquent Antoine Dubroux et Véronique Stékelorom, sont un rappel de nos précédents spectacles. Des corps décors, c'est un peu l'aboutissement de ce que l'on avait créé tous les deux dans la rue. » C'est leur premier spectacle en salle, avec autant de monde autour d'eux (un jongleur, un clown, une acrobate, deux musiciens — sans compter le compositeur, la créatrice des lumières et le costumier).
A l'origine, ils ne sont que deux : l'histoire de leurs créations est avant tout celle de leur rencontre. Ils ont fondé la compagnie en 1997 et découvert le cirque quelques années auparavant. Ce ne fut pas une vocation précoce, plutôt une révélation : Antoine Dubroux était alors photographe et Véronique Stékelorom, danseuse. L'un avait monté une exposition intitulée Les Gens du cirque, fruit d'un long travail photographique autour du corps des artistes.
 

Et l'autre avait été chargée de chorégraphier le gala de la Médecine, qui comprenait une initiation aux arts de la piste. Et c'est ainsi qu'ils se sont retrouvés, quelque temps plus tard, à pratiquer la perche aérienne au cirque des Funambules, à Nanterre.
Cet agrès assez peu connu, et que l'on peut redécouvrir dans Des corps décors, ils l'ont décliné ensuite en concevant Mobile, leur premier duo de rue, inspiré par l'œuvre de Calder : un étrange dispositif qui tient du trapèze et de la balancelle, où leurs deux pesanteurs en suspension composent, en un subtil jeu d'équilibre, une danse entre ciel et terre. « On recherche la légèreté dans nos créations, explique Véronique Stékelorom. Et si l'on devait définir notre manière de travailler, à tous les deux, ce serait celle-ci : les idées viennent d'Antoine, qui a une vision de scénographe. Et moi j'essaie, en tant que chorégraphe, de trouver les moyens de réaliser les images qu'il a dans la tête.»
Après Mobile, ils ont créé Fée l'un pour l'offre, toujours à deux, et toujours destiné à être joué en plein air, et non en salle, pour un public de tout-petits. Là, ils exploraient de nouveau les lois de l'attraction, en costumes de lutins acidulés, sur un mur d'escalade-bascule, dont ils « recyclent », disent-ils, le principe dans Des corps décors lors d'un beau duo dansé entre une acrobate et un jongleur, autour d'une planche de bois. « Cette envie de travailler sur l'équilibre, rajoute Véronique Stékelorom, c'est peut-être lié à notre histoire de couple, à notre vie : la perpétuelle recherche de l'harmonie. »
Orianne Charpentier

. Des corps décorps d'Antoine et Véronique Stékelorom, le 26 juin à l'espace Jacques Prévert, 134 rue Anatole-France, Aulnay-sous-Bois (93).